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Rencontrer Pascal Vigneron, fondateur et directeur artistique du jeune festival de Toul dédié à Jean-Sébastien Bach, c'est rencontrer un homme orchestre, au sens propre comme au figuré, qui en l'espace de cinq ans, a réussi à donner une ambition musicale de premier plan à cette petite ville de Meurthe-et-Moselle, qui a longtemps vécu dans l'ombre de Nancy et de sa célèbre Place Stanislas.

Dotée d'un riche patrimoine architectural, dominé par la cathédrale Saint-Etienne, joyau de l'art gothique flamboyant, dotée en 1963 d'un nouvel orgue monumental, d'aspect contemporain mais de facture idéale pour interpréter l'oeuvre de Jean-Sébastien Bach, la ville a longtemps peu brillé dans le domaine de la musique classique. Certes, pendant de nombreuses années, une association y a organisé des concerts l'été, mais sans que cela ne prenne l'ampleur que le monument et son instrument méritent.

Originaire des côtes de Toul, célèbres pour leurs vignobles, dont il tire son patronyme, Il aura fallu le retour quasiment par hasard de Pascal Vigneron sur ses terres d'origine à l'occasion d'un concert dans la cité médiévale, pour qu'une étincelle jaillisse et donne naissance à Bach Toul Festival.

Trompettiste, organiste, chef d'orchestre, formé auprès des plus grands noms de la musique de notre temps, amoureux de Jean-Sébastien Bach, l'idée lui est d'emblée venu d'exploiter les possibilités et le potentiel de l'orgue Curt Schwenkedel de la cathédrale Saint-Etienne.

Premier orgue mécanique construit après-guerre dans une cathédrale, cet instrument de plus de 70 jeux, et quatre claviers, d'esthétique néo-baroque, est idéal pour jouer Bach, Messiaen et Tournemire, selon Pascal Vigneron.

Mais l'instrument, par souci d'économies, n'a pas bénéficié des meilleurs soins dans sa conception, et en 50 ans, malgré des entretiens réguliers, il a subi beaucoup de dommages.

Pascal Vigneron, allié au facteur d'orgue d'Yves Koenig, a donc dès le départ voulu s'attaquer à parfaire et restaurer l'instrument pour lui donner le lustre qu'il mérite. Le dépoussiérer, éradiquer les fuites pour supprimer les courts-circuits, changer les panneaux du meuble qui altéraient la projection du son, l'équiper d'une nouvelle console, d'un combinateur électronique, rajouter une chamade, libérer le son des anches dont l'esthétique n'était plus adaptée, donner une assise harmonique à l'instrument en lui ajoutant de nouveaux jeux de 32 pieds (Posaune, et Sous-Basse), rajouter un accouplement sont parmi les objectifs d'un plan de restauration sur quatre ans entièrement pris en charge par la Ville qui est directement opératrice du festival. Une fois les travaux terminés, c'est Olivier Latry, organiste de la cathédrale Notre-Dame de Paris, qui sera invité à inaugurer l'instrument pour fêter sa renaissance.

Parallèlement à cette restauration en cours, le festival a explosé en cinq ans, malgré un budget modeste. De quatre concerts en 2010, il propose aujourd'hui entre 12 et 15 concerts à Toul, mais aussi au-delà en Lorraine, en Alsace, à Paris et en Europe, notamment grâce à un système permettant aux villes intéressées d'acheter les concerts programmés à Toul. En tout, ce sont environ 50 manifestations qui sont labellisés Bach Toul Festival.

L'un des objectifs de Pascal Vigneron est de faire connaître les instruments de la région touloise, comme par exemple l'orgue Cavaillé-Coll de Colombey-les-Belles, et à termes d'en restaurer certains, comme celui de la collégiale Saint-Gengoult de Toul. En attendant, il a pu doter celle-ci d'un orgue de choeur destiné à voyager en région pour faire résonner les voûtes des églises lorraines, dans le cadre de ce festival itinérant qui ambitionne de diffuser la musique là où elle ne va pas d'habitude.

Outre-Rhin, le festival a déjà été remarqué et recueille le soutien du Goethe Institut qui accueille des concerts à Paris, et de la Neue Bach-Gesellschaft, gardien du temple et promoteur de la musique de Bach dans le monde.

A Toul, le festival commence début mai et se termine fin septembre et les concerts sont tous gratuits.

Chaque année un temps fort attire les foules, et remplit la cathédrale de plusieurs centaines d'auditeurs. Cette année, c'est l'organiste de jazz Rhoda Scott qui de son orgue Hammond a donné la réplique à Pascal Vigneron, dans le cadre d'improvisations sur l'oeuvre de Bach, devant 1200 spectateurs, fait rarement vu à la cathédrale de Toul.

Après plus de deux mois de programmation, le festival marque une pause estivale, et les concerts reprendront fin août.

Vous pouvez retrouver l'ensemble du programme sur le site www.bachtoulfestival.com

Grandes Orgues Curt Schwenkedel et Choeur de la cathédrale de Toul lors du concert de Rhoda Scott dimanche 13 juillet 2014 (crédit photo : Stéphane Godet)Grandes Orgues Curt Schwenkedel et Choeur de la cathédrale de Toul lors du concert de Rhoda Scott dimanche 13 juillet 2014 (crédit photo : Stéphane Godet)

Grandes Orgues Curt Schwenkedel et Choeur de la cathédrale de Toul lors du concert de Rhoda Scott dimanche 13 juillet 2014 (crédit photo : Stéphane Godet)

Tag(s) : #Musique, #Politique culturelle, #Patrimoine, #Orgue

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