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Pour tout amateur de musique classique, se rendre en été dans les festivals de musique classique en Suisse, c’est comme aller en pèlerinage en terre sainte.

Après Verbier, c’est à Gstaad que mon pèlerinage m’a conduit pour deux concerts dont l’un, en particulier, restera à jamais gravé dans ma mémoire.

Il y a 100 ans naissait le légendaire violoniste Yehudi Menuhin. Il y a tout juste 60 ans, il découvrait le cadre enchanteur de Gstaad où il allait posait ses valises pour y créer le festival et l’académie qui portent son nom. Depuis, tous les ans de mi-juillet à début septembre, Gstaad devient non seulement un festival mais aussi un moment de formation et de transmission exceptionnels de maître à élève pour les musiciens du monde entier.

Malgré la réputation très huppée de la station du Saanenland dans le canton de Bern, Gstaad a su garder son âme de village suisse aux sublimes chalets. C’est d’abord un régal pour les yeux d’y flâner un moment avant de se rendre dans l’un des lieux de concert.

S’il y a 60 ans tout a commencé dans une petite église avec Benjamin Britten au piano et Yehudi Menuhin au violon, le festival égrène maintenant ses concerts dans différents lieux et dispose d’un chapiteau permanent pouvant accueillir les concerts symphoniques.

C’est sous ce chapiteau que j’assistai à la rencontre de deux titans, le pianiste Boris Berezovsky et le chef Valery Gergiev avec son Orchestre du Théâtre Mariinsky de St-Petersbourg.

Suite à un retard de vol, Valery Gergiev arrive pile pour le concert. L’infatigable jet-chef russe revenait sans doute d’avoir tout juste enflammé telle ou telle scène classique ailleurs dans le monde. Mais lui et son orchestre se connaissent tellement bien qu’une fois lancé dans l’arène, il mène tout son monde du bout des doigts, sa baguette étant à peine plus grande qu’un cure-dent.

Avec 45 minutes de retard, l’imposant Boris Berezvosky se lance frénétiquement dans le 1er Concerto pour piano de Prokofiev. D’emblée, je suis troublé par l’acoustique de la salle qui en effet résonne comme un chapiteau, manquant d’équilibre. Le piano dans les fortissimos est couvert par l’orchestre de sorte que les efforts virtuoses et bien visibles du musicien sont hélas inaudibles. Le glockenspiel, quant à lui, résonne au-delà de la mêlée, tel les cloches en montagne.

Le pianiste semble avaler ce court mais néanmoins chef d’œuvre de jeunesse de Prokofiev comme s’il exécutait une simple étude. Est-il lui aussi entre deux jets ? Certes son jeu impressionne mais il ne touche pas.

Passé un bis humoristique et l’entracte, les musiciens russes donnent une 5e Symphonie de Mahler épique. Les cuivres y sont étincelants. L’âme slave, dans cette musique tourmentée, nous entraîne dans un tourbillon dramatique dont le climax se situe dans le fameux adagietto où les cordes exultent dans l’expression de toute la douleur d’un homme et du monde à travers lui.

A l’opposé de cette soirée superlative, le concert suivant allait se révéler un véritable moment de grâce. D’abord par le lieu, l’église de Rougemont, qui, à peine plus grande qu’une chapelle, constitue un véritable écrin pour un récital de piano. Ensuite, parce que Bertrand Chamayou y cisèle un véritable joyau. Avec l’humilité qui est celle des plus grands interprètes, il donne en effet des morceaux choisis de son intégrale Ravel d’une justesse et d’une beauté incomparables. Comme chez Sviatoslav Richter, on sent que chaque note est pensée par l’artiste.

A quelques centimètres du public, il déploie un jeu d’une maîtrise parfaite et d’une grande profondeur. Il fait vibrer son instrument avec une sensibilité extrême. Son Gaspard de la Nuit est bien sûr le sommet de ce récital.

L’église de Rougemont et toute la vallée doivent encore résonner des accords de ce moment de grâce, miracle que la musique produit parfois !

La tente du festival

La tente du festival

Tag(s) : #Musique, #Culture, #Festival, #Spectacle vivant

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