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La grande dame du chant choral français fête les 20 ans de l’ensemble phare du chant choral français et européen.

En tout cas, c’est ce que les médias vont claironner à longueur de pages dans un consensus politiquement correct, tant la maréchale Equilbey (elle est la fille d’un haut gradé militaire) a su s’imposer comme l’unique et seule référence et a atteint un niveau que nul n’oserait remettre en question.

C’est ainsi dans notre beau pays ; une fois atteint la place suprême, on est indélogeable et respectable à vie. C’est l’héritage de notre fonctionnement digne de l’Ancien Régime, qui a toujours cours dans notre monarchie élective.

En guise de bilan, je dirais que Laurence Equibey a beaucoup de mérite. Elle a su forger un outil unique et une entreprise aux ramifications multiples qu’elle gouverne de main de maître. C’est là un de ses talents. C’est une femme autant stratège que musicienne, voire même musicalement stratège.

Je n’entrerai pas dans la dénonciation d’une toile d’araignée tissée au fil des ans, une sorte de ville chorale, digne d’un livre de Denis Robert. Je ne veux pas risquer l’attaque en justice.

Forgeant son outil, tel le glaive de la Tétralogie, elle a su importer un son nouveau en France, inspiré des choeurs scandinaves, en particulier, le Chœur de Chambre Eric Ericson, où elle a puisé sa substantifique moelle sonore.

Ce son est en effet d’un bloc, presque métallique, où on ne distingue pas les voix, où chaque pupitre ne forme qu’un seul instrument dont joue la chef de chœur.

Quid de la musique dans tout cela ? Mon expérience personnelle m’a fait assister il y a dix ans à un concert au Grand Théâtre de Tours dans le cadre du Florilège Vocal éponyme. Vu le battage médiatique autour de cet ensemble, je m’attendais vraiment à être soulevé de mon fauteuil et à sentir mes poils se dresser comme à chaque fois qu’une émotion musicale me submerge.

Hélas, rien de tout cela. Je fus bien sûr frappé par le son, les voix puissantes, droites, sans vibrato excessif, fondues en un seul bloc sonore, le talent des solistes, mais l’émotion ne m’a à aucun moment fait dresser quoi que ce soit !

Or, c’est bien là le problème. Techniquement, Accentus est irréprochable, même si on peut aimer ou pas ce son très dense et sans aspérités.

Emotionellement et donc musicalement, c’est autre chose. Les notes sont tellement parfaitement chantées et en mesure, qu’il n’y a plus guère d’émotions. Or la musique selon moi doit transmettre des émotions. Ce n’est pas seulement l’organisation structurée de sons. En tout cas c’est cette musique que j’aime, celle qui me fait vibrer, qui me touche.

Lorsque le pianiste Vladimir Hozowitz, sur la fin de sa vie, enregistre le 3e concerto de Rachmaninov avec Eugene Ormandy, il “met des pains”, comme on dit dans le jargon, mais c’est tellement extraordinairement inspiré et musical, que les fausses notes n’existent pas dans mon écoute, tellement je suis ému par son interprétation de feu.

C’est le reproche que l'on peut faire à Laurence Equilbey et tous ceux qui travaillent dans son sillage et s’en inspirent, celui d’avoir privilégié la technique et le son à l’émotion.

Or, on ne peut pas être un grand musicien si l'on ne transmet pas d’émotions.

Mais bien sûr tout cela est peut-être subjectif puisque des milliers de personnes achètent les disques d’Accentus et vont à ses concerts.

C’est cette audience qu’on peut continuer de lui souhaiter pour les vingt ans à venir.

Bon anniversaire, Madame et longue vie à votre ensemble !

Laurence Equilbey avait 20 ans !
Tag(s) : #Musique, #Spectacle vivant, #Laurence Equilbey, #Chant Choral, #Chef d'orchestre, #Insula Orchestra, #Accentus

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