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Initialement prévu en fin de saison 2019-2020, le récital d’Alexandre Kantorow programmé par l’Association Lorraine de Musique de Chambre (ALMC) a pu être reporté ce lundi 5 octobre, en dépit de l’agenda certainement très chargé de celui que toutes les salles s’arrachent désormais.

Seul Français à ce jour à avoir remporté en 2019 le Premier Grand Prix et la Médaille d’Or du très convoité Concours Tchaïkovsky de Moscou créé en 1958, auréolé de deux Victoires de la Musique en février dernier et de multiples distinctions obtenues pour ses enregistrements, Alexandre Kantorow a choisi de consacrer son récital entièrement à Brahms, avec ses quatre Ballades opus 10 et sa 3e Sonate en fa mineur opus 5, qu’il a jouées, autre fait de bravoure, deux fois de suite respectivement à 18 et 21 heures.

Lorsqu’on écoute les œuvres de ce programme, on a dû mal à croire que celui qui les a composées était encore plus jeune que son interprète de ce soir. Les quatre Ballades sont des poèmes musicaux. Elles alternent les atmosphères tantôt calmes, recueillies, introspectives, tantôt fougueuses, agitées, tourmentées. Bien que n’étant pas à proprement parler un romantique, ces œuvres composées à 21 ans par Brahms révèlent un esprit d’une incroyable maturité. Elles ne sont pas sans faire penser aux paysages peints par Caspar David Friedrich.

Alexandre Kantorow, qui aurait pu opter pour un programme plus démonstratif et tout en virtuosité, met toute son âme dans l’interprétation de ces quatre Ballades dont il restitue les climats changeants, aussi bien dans les passages les plus tendres et délicats que dans les plus tempêtueux.

La 3e Sonate en fa mineur composée un an plus tôt sera la dernière dédiée à cette forme par Brahms. Il n’a que vingt ans et pourtant, cette œuvre de 40 minutes est devenu un monument de la littérature pianistique équivalent à l’immense Sonate en si mineur de Liszt qui la précède de peu dans le temps.

Cette œuvre constituée de cinq mouvements réclame un grand sens de l’architecture et des moyens techniques considérables. Ces moyens, Alexandre Kantorow n’en manque pas, mais il sait aussi déployer toute l’arche formée par cette œuvre, tout en donnant à son interprétation sa propre vision.

Le public de la Salle Poirel ne s’y est pas trompé, lui réservant une ovation.

Généreusement, alors qu’il venait d’enchaîner un vrai marathon, il joua entre autres la 1ère Rhapsodie de Brahms et le final de la transcription pour piano de l’Oiseau de Feu de Stravinsky, seul témoignage de virtuosité pure dans ce récital habité.

A noter que, grâce à un dispositif vidéo judicieux, l’ALMC permet au public de suivre le jeu du pianiste sur un écran disposé sur scène dans le prolongement du piano. Une excellente idée !

La 74e saison de l’ALMC commencera réellement lundi 16 novembre avec François Dumont et l’Orchestre de Chambre Lamoureux dans les deux concertos pour piano et orchestre de Chopin. Une soirée exceptionnelle en perspective !

Alexandre Kantorow (DR)Alexandre Kantorow (DR)

Alexandre Kantorow (DR)

Tag(s) : #Alexandre Kantorow, #ALMC, #Poirel, #Nancy, #Lorraine, #Piano

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