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La rencontre entre Sylvain Tesson et Christophe Ono-dit-Biot à l’Autre Canal dimanche 11 septembre à 14 heures se révèle d’un autre genre. On a l’impression d’assister à une conversation entre intellectuels de Saint-Germain-des-Prés devisant autour de la figure d’Homère, sujet du dernier ouvrage de l’écrivain-voyageur, fruit de son été avec Homère sur France Inter. On a dû mal au détour de ces échanges policés, dont on se sent un peu exclu, d’imaginer, malgré sa gueule cassée, le baroudeur que peut-être Sylvain Tesson dans ses ouvrages. A propos de la crise sanitaire actuelle et du principe de précaution qui fait loi partout, il invite à choisir entre vivre ou être en bonne santé. On devine le choix qu’il a fait, celui qui a choisi de ne pas travailler pour pouvoir être libre de parcourir le monde, donnant lieu à chaque fois, pour notre plus grand bonheur, à une œuvre qui nous transporte dans un ailleurs rêvé.

Samedi 19 septembre, le même Christophe Ono-dit-Biot, directeur-adjoint de la rédaction du Point recevait Emmanuel Carrère pour son roman "Yoga" chez P.O.L. sur la scène de l’Opéra national de Lorraine. A l’écoute du parcours du cinéaste-romancier, difficile de croire que celui-ci pratique le yoga depuis plus de trente ans. En effet, malgré cette pratique sensée apporter l’équilibre intérieur, il a souffert d’une grave dépression qui l’a entraîné tout droit à l’Hôpital Sainte-Anne à Paris, où sa souffrance sera telle qu’il réclamera l’ultime délivrance. Il fait part aujourd’hui de ses fragilités psychiques et n’imagine pas, malgré le yoga pratiqué assidûment, pouvoir se passer de médication pour soulager son trouble bipolaire. A la suite de cette confession à la fois simple et touchante, le public présent attiré par les voyages intérieurs aura certainement eu envie de se plonger dans son « Yoga ».

Sous le titre « Enfermé », le lien entre maladies psychiques et littérature, qui a toujours existé, faisait l’objet dans la foulée d’une autre table-ronde à l’Hôtel de Préfecture en présence de trois auteurs : Alexandra Dezzi pour « La colère » chez Stock, Gringe, pour « Ensemble, on aboie en silence » chez Harper Collins et Marius Jauffret pour « Le Fumoir » chez Anne Carrière. Le rappeur et auteur Gringe a en particulier évoqué sa relation fusionnelle avec ce frère schizophrène, dont il partage dans ce roman la relation singulière qu'il entretient avec lui. Marius Jauffret aborde en particulier la question de l’enfermement sous contrainte. Alors qu’en quelques dizaines d’années, on est passé d’une psychiatrie asilaire à une psychiatrie ouverte sur la société où le malade vit parmi les siens, l’enfermement, notamment depuis les lois Sarkozy sensées viser à protéger la société, revient en force et parfois de manière arbitraire. Difficile alors d’en sortir sans aide extérieure.

Toujours à la Préfecture, Eric Reinhardt a présenté, le même jour, son dernier roman, « Comédies Françaises » chez Gallimard. Qui aurait imaginé que la France, sous l’influence d’Ambroise Roux, grand industriel proche du pouvoir de droite comme de gauche, aurait laissé filer la révolution internet au profit du minitel, technologie de communication aujourd’hui disparue ? A travers ce roman qui nous replonge dans notre histoire récente, il montre comment au lieu d’avoir pu en être le maître, la France subit aujourd’hui ce monde qui change.

Pour clôturer la journée, à l'Autre Canal, Scène de Musiques Actuelles de Nancy, Olivia Ruiz présentait en lecture et en chansons son livre "La Commode aux tiroirs de couleurs" chez JC Lattès. Ce livre raconte l'histoire de ses origines, celle d'une famille venue d'Espagne en France pour fuir la dictature. De manière simple, elle crée tout un univers qui nous transporte dans un ailleurs qui nous parle. Illustré par des chansons espagnoles, plus ou moins connues, ce concert-lecture procure un agréable sentiment de bonheur.

Dimanche 20 septembre, à 11 heures, dans les majestueux foyers de l’Hôtel de Ville de Nancy, André Comte-Sponville présentait son « Dictionnaire amoureux de Montaigne » édité chez Plon dans le cadre d’un échange fructueux avec le journaliste Gérard Bonos. Il eut en effet peu de question à poser car chacune donnait lieu à une conférence au développement à chaque fois impressionnant de savoir et de limpidité. Montaigne est pour lui le plus grand écrivain et philosophe. Il assimile 10 siècles de littérature et de philosophie avant lui et inspire les auteurs jusqu’à nos jours. Finalement, en le lisant, on lit toute la littérature et toute la philosophie des origines à nos jours. Au sortir de cet entretien, on a qu’une envie, se jeter dans l'œuvre de Montaigne.

Dans la foulée, après Montaigne, François Bégaudeau avec son roman « Un enlèvement » chez Verticales fait pâle figure dans les Salons de la Préfecture. Critique de la famille bourgeoisie et de ses travers, François Bégaudeau reconnaît pourtant en faire partie. Lui qui exècre la propriété avoue même à son corps défendant être propriétaire de son appartement parisien. Sur un ton assez pédant somme toute, il fustige ce qu’il est en partie lui-même.

Après la remise de la Feuille d’Or de la Ville de Nancy – Prix des Médias à Laurent Petitmangin pour son premier roman très poétiquement intitulé « Ce qu’il faut de nuit » à la Manufacture de livres,  la journaliste-humoriste de France Inter Charline Vanhœnacker invitée pour « Debout les Damnés de l’Uber » chez Denoël a séduit le public de l’Hôtel de Ville par son sens de la répartie et ses saillies verbales piquantes et drôles. Avec l’accent venu d’Outre-Quiévrain qu’on lui connaît, elle croque depuis longtemps maintenant les travers de la société française et en particulier de son monde politique. Irrévérencieuse, elle ne laisse rien au hasard. Les 80 chroniques rassemblées dans son ouvrage ont été choisies pour être moins en prise avec l’actualité du moment. On s’y replongera donc avec plaisir, même le temps passé.

Et pour clôturer cette 42e édition, le Livre sur la Place avait invité Juliette Binoche à lire un extrait d’un roman de son choix. En l’occurrence, à l’occasion des 50 ans de la disparition de Jean Giono, elle choisit « Le Hussard sur le toit », dans lequel elle joua au cinéma sous la direction de Jean-Paul Rappeneau en 1995. Hélas, Juliette Binoche n’est pas apparue tout à fait à l’aise dans le texte choisi, butant sur les mots, les phrases, reprenant à plusieurs reprises sa lecture. Contrairement à Fanny Ardant qui avait fait un triomphe l’année dernière dans les entretiens de Marguerite Duras, sa prestation n’a pas enthousiasmé les spectateurs.  

Si cette 42e édition revue et corrigée pour cause de covid-19 s’est clôturée de manière moins flamboyante qu’on ne l’aurait espéré, gageons que 2021 permettra encore de conjuguer intimité et proximité avec les auteurs et leurs œuvres comme ce fut le cas cette année.

 

 

 

Emmanuel Carrère et Christophe Ono-dit-Bio - André Comte-Sponville - Françoise Bégaudeau - Olivia Ruiz - Juliette Binoche (DR : Le Livre sur la Place)
Emmanuel Carrère et Christophe Ono-dit-Bio - André Comte-Sponville - Françoise Bégaudeau - Olivia Ruiz - Juliette Binoche (DR : Le Livre sur la Place)
Emmanuel Carrère et Christophe Ono-dit-Bio - André Comte-Sponville - Françoise Bégaudeau - Olivia Ruiz - Juliette Binoche (DR : Le Livre sur la Place)
Emmanuel Carrère et Christophe Ono-dit-Bio - André Comte-Sponville - Françoise Bégaudeau - Olivia Ruiz - Juliette Binoche (DR : Le Livre sur la Place)
Emmanuel Carrère et Christophe Ono-dit-Bio - André Comte-Sponville - Françoise Bégaudeau - Olivia Ruiz - Juliette Binoche (DR : Le Livre sur la Place)

Emmanuel Carrère et Christophe Ono-dit-Bio - André Comte-Sponville - Françoise Bégaudeau - Olivia Ruiz - Juliette Binoche (DR : Le Livre sur la Place)

Tag(s) : #Livre sur la Place, #Nancy, #Salon du livre, #Lorraine, #Philosophie, #Humour

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