Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

41664Nikolai_Lugansky.jpg

Ecouter Luganski en concert ou au disque c'est écouter un prince du piano. Un empereur même, aux doigts, au corps tout entier d'acier. On assiste à une performance d'athlète de compétition. Cet homme-là semble infaillible maîtrisant son instrument et dominant son sujet de bout en bout.

Les variations de Brahms sur un thème de Schumann passent pour une mise en jambe, quelques tours de stade pour amadouer le public et se chauffer tranquillement, tout en distillant une musique agréable et poétique mais qui ne laisse guère de trace à mon sens.

Puis on attaque les obstacles, avec Chopin. Tout d'abord une Barcarolle où les détails de la main gauche se font entendre, dans cette oeuvre d'une grande richesse harmonique. Luganski donne toujours une interprétation équilibrée, manquant presque d'originalité, au plus près du texte sans doute. La 4ème Ballade ne faillit pas à cette règle qui se termine dans un tournis de notes perlées. Pas d'afféterie dans le jeu, pas de mièvrerie, un timbre d'airain, une articulation précise et implacable.

Entracte.

Suit la Vallée d'Oberman, au romantisme exacerbé qui rappelle que Luganski vient d'enregistrer tout un CD consacré au Hongrois. La maîtrise reste la même évidemment, le Russe ne faillissant jamais aux commandes de son Yamaha de concert.

Enfin, l'oeuvre qui m'a conduite à TCE lundi soir, la 2ème sonate de Rachmaninov.

Luganski choisit la version d'origine de 1913. J'y aurais préféré la version remaniée par Horowitz qui me paraît servir davantage le propos du compositeur.

Celle de 1913 semble porter des ruptures dans l'écriture qui cassent les effets possibles. Horowitz en immense interprète de son compatriote rétablit la ligne et le souffle qui échappe parfois dans la version originelle.

Luganski n'en manque pas moins d'une force immense, poussant presque le piano aux limites de sa résistance purement imaginaire. On se demande comment ses poignets ne finissent pas par se crisper. Relâchement extrême et force constante sont admirables chez lui. Il pénètre presque dans le piano, son visage et son corps entier se fondant presque avec l'instrument et le clavier.

Le public conquis, il nous gratifie généreusement de quatre bis dont trois Rachmaninov et Bach pour finir religieusement et paisiblement ce récital épique, qu'à peine terminé, le pianiste poursuit illico par une série de dédicaces, sans avoir l'air d'avoir accompli un exploit pendant deux heures.

Spasiba Nicolaï Luganski !

 

Tag(s) : #Musique

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :