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Ce mardi 24 février, je cours à Bastille assister à la générale de Rigoletto, après une nuit blanche laissant augurer un possible assoupissement.

Cet opéra de Verdi est un must pour tous ceux qui mettent pour la première fois les pieds dans un théâtre lyrique, au même titre, par exemple, que La Bohème de Puccini. Quatre actes répartis en deux parties d'une heure chacune, un livret simple à comprendre et une musique émaillée de grands airs rendus célèbres, dont une certaine publicité de lessive, où chaque soliste peut en outre s'attirer les faveurs du public en faisant montre de son talent belcantiste.

Ce soir-là ne fut pas cependant un jour de gloire pour Verdi.

Les premiers instants trahirent un léger décalage entre le plateau vocal et l'orchestre, toutefois vite réglé par le chef italien, Daniele Callegari.

Malgré un plateau vocal sensé représenter la fine fleur de l'art lyrique s'arrachant du Met à la Scala, on fut bien en peine de distinguer là une voix marquante, si ce n'est celle de Gilda, chantée par la géorgienne Nino Machaidze, qui sortit du lot ce soir-là, démontrant à la fois une aisance et un plaisir à incarner vocalement ce rôle qui, il faut bien le dire, lui va à merveille. Elle fut d'ailleurs chaleureusement applaudie par un public qui ne montra guère d'enthousiasme par ailleurs auprès des autres chanteurs excepté le Rigoletto du Serbe Zeljko Lucic, se laissant même aller à siffler le chef pour sa direction, il est vrai peu stylée et sans relief.

Que dire du ténorissime Duc de Mantoue du ténor polonais Piotr Beczala, sinon qu'il n'était pas en voix ce soir-là. Une indiscrétion m'a laissé entendre qu'il avait d'ailleurs faillé être remplacé la veille, pour mauvais état de santé. On lui pardonnera donc des aigus peu flatteurs et une Donna e mobile manquant de légèreté et même chantée en force.

Je ne pus donc échapper à l'endormissement dès la première partie - quelques minutes comme les marins avant de repartir à l'assaut, Picasso, comme le chantait un baryton français grand ambassadeur vocal de Toulouse dont je vous laisse deviner le nom...

Trève de digression, je retiendrai au final la prestation des pensionnaires de l'Atelier Lyrique, en particulier, Florian Sempey, qu'on peut entendre régulièrement à l'Amphithéâtre, promis certainement à un très bel avenir, souhaitons-le lui en tout cas.

Quant à la mise en scène de Jérôme Savary, elle a au moins le mérite de ne pas nous embrouiller, ce qui, ceci-dit, serait difficile vu la simplicité de l'intrigue hugolienne. Le décor n'offre cependant qu'un pâle écrin de carton pâte à ce chef d'oeuvre, même si celui-ci se passe dans une Mantoue agonisante.

Une fumée verte, façon plateau télé, chez Patrick Sébastien, évoquant quelque marécage putréfiant d'une ville en proie aux épidémies ne rehausse guère les facades décrépies et lézardéss d'un palais hanté, dont je me surpris d'ailleurs à espérer qu'il s'écroule à la fin du spectacle. C'eut peut-être été une bonne façon de clore le drame. Mais Il n'en fut rien car c'est Rigolleto seul qui s'effondra, en proie au désespoir, au-dessus de la dépouille mortelle de sa fille perdue à jamais.

Je tins à peu près éveillé pendant les deux derniers actes, attendant donc en vain le tremblement de terre. Maledizione ! E buona notte !

"Rigoletto" versus "La Cerisaie" ou deux soirées inégales - Acte 1
Tag(s) : #Musique

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